L'Aveu suspect
de Claude PUGNOTTI

Ce récit expose des faits réels
et le déroulement complet d’une affaire pénale.
Seuls ont été modifiés les noms des protagonistes
et les dates des événements.

 

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« Je jure d'exercer mes fonctions avec dignité,
conscience, indépendance, probité et humanité. »

Serment de l’avocat


 

 

CHAPITRE 1

 

 

Le crime

 

 

Le mardi 20 janvier 1981 à 15 h 30, Vanessa, jeune femme de vingt-trois ans, étudiante en seconde année de médecine à l’Hôpital universitaire de la Pitié-Salpêtrière, se trouvait dans l’appartement de ses parents, situé en plein cœur de Paris, dans le quartier du Châtelet. Son père, à cette heure-là, dormait encore profondément dans sa chambre dans le cadre de sa sieste habituelle. Pendant ce temps, Vanessa révisait, assise sur son lit, l’un de ses cours de médecine dans la chambre qu’elle partageait avec sa sœur Jennifer, âgée de quatorze ans.

En se penchant, Vanessa découvrit par hasard le « carnet intime » de sa sœur, mal rangé, sous le lit de cette dernière. Jennifer n’en avait jamais parlé auparavant à sa sœur aînée. Intriguée par cette découverte, Vanessa ne put s’empêcher de le lire. Très rapidement, son sang se glaça. Il était écrit que Jennifer, quelques jours plus tôt, avait été victime d’une agression sexuelle ou, plus précisément, d’une tentative de viol de la part de son père. Cette découverte secoua sévèrement Vanessa. Son souffle s’interrompit pendant quelques secondes, elle respirait difficilement. Puis elle éclata en sanglots. Une pulsion la traversa comme un éclair, elle se saisit du sac de sport sous son lit, à l’intérieur duquel se trouvait, démontée en deux parties, la carabine Winchester automatique de son père, collectionneur avisé d’armes à feu. L’arme n’était pas chargée. Vanessa glissa cinq cartouches dans le chargeur.

Vivement choquée par la révélation de cette situation dramatique concernant sa petite sœur, de manière instinctive, en une fraction de seconde, sous l’effet de la fureur, Vanessa remonta sur-le-champ la carabine. La chambre de ses parents était contiguë à la sienne, la porte était entrouverte, elle vit son père dormir paisiblement. Elle s’approcha de lui silencieu-sement.

Arrivée près du lit, exaspérée, enragée par ce qu’elle venait de lire quelques secondes auparavant, Vanessa pointa le canon de la carabine qu’elle tenait fermement en direction de la tête de son père. Elle appuya sur la détente, provoquant une violente rafale de tirs. L’arme était si puissante qu’elle lui meurtrit l’épaule gauche et faillit la faire tomber au sol.

Quelques secondes plus tard, affolée par la vision du sang coulant sur le front de son père ainsi que sur son visage, Vanessa jeta la carabine à terre et sortit de l’appartement. Elle ne pouvait supporter davantage la vision de cette scène qui l’effrayait. Paniquée par son geste incontrôlé, Vanessa se précipita en courant en direction du salon de l’esthéticienne, situé à deux cents mètres à peine, où se trouvait sa mère depuis environ une heure. Elle entra dans le salon, ahurie et affolée, visiblement perturbée et dans un état fébrile. Elle s’adressa tout de suite à l’employée qui s’occupait de sa mère et lui demanda de bien vouloir les laisser, pour lui parler immédiatement. L’employée obtempéra. Seule avec sa mère, Vanessa lui expliqua, hébétée, bredouillant quelques mots plus ou moins audibles, qu’elle venait de tirer sur son père avec sa carabine, ignorant l’importance de la gravité de ses blessures. Sa mère, prénommée Diane, après avoir écouté brièvement sa fille aînée, lui demanda de se rendre tout de suite au commissariat de police le plus proche pour qu’elle explique son geste auprès du policier qui sera chargé de l’interroger. Puisqu’elle était encore en soins auprès de l’esthéticienne, sa mère précisa qu’elle la rejoindrait dans quelques minutes.

C’est dans ces circonstances précises que Vanessa, suivant les conseils de sa mère, s’est précipitée en courant au commissariat de police de son quartier. Elle y arriva à 16 heures précises, selon le registre tenu par le gardien de la paix, Raymond Girard. Ayant entendu la jeune femme lui raconter brièvement ce qui venait de se passer, celui-ci téléphona d’urgence à son collègue Thierry Schmidt, officier de police judiciaire de permanence, pour lui résumer ses propos.

 


 

CHAPITRE 2

 

 

La garde à vue de Vanessa

 

 

À 16 h 05, après avoir écouté brièvement Vanessa, affolée, lui dire ce qu’elle venait de faire, le gardien de la paix Raymond Girard la fit monter au bureau de son collègue, l’officier de police judiciaire Thierry Schmidt, en vue de l’interroger dans le cadre de sa permanence.

L’officier commença par notifier à Vanessa sa garde à vue, du chef de « tentative de parricide ». Il alerta les services compétents du SAMU afin que la victime soit examinée et soignée sur-le-champ. Ensuite, il téléphona à la substitut du procureur de la Républi­que, de permanence à la section criminelle du parquet de Paris, qui lui demanda de procéder aussitôt aux investigations d’usage en matière de crime flagrant, dans un délai de 24 heures suite à la notification de la garde à vue. L’officier demanda également à deux de ses collègues de se rendre immédiatement sur les lieux du crime pour procéder aux premières constatations d’usage et débuter l’enquête de voisinage, habituelle dans ce genre d’affaires.

Avant de répondre aux questions de l’officier sur les faits à proprement parler, Vanessa commença par lui expliquer qu’elle était étudiante en seconde année de médecine au Centre Hospitalier Universitaire de la Pitié-Salpêtrière, situé dans le 13arrondissement de Paris. Elle lui précisa qu’elle était âgée de vingt-trois ans. Par ailleurs, elle indiqua qu’elle avait deux petites sœurs : Stéphanie, neuf ans, et Jennifer, quatorze ans.

La petite Stéphanie était une véritable petite poupée, très brune, avec des cheveux épais et luisants qui lui donnaient beaucoup de grâce. Son visage était bien dessiné, ses yeux marron, très lumineux. Elle était douce, attendrissante et fragile. Stéphanie n’a pas bien compris, et pour cause, ce qui était arrivé à sa grande sœur, bien qu’elle ait souffert en silence des conséquences de ce drame peu ordinaire.

Jennifer, au contraire de sa petite sœur, avait le type méditerranéen. Très brune et très typée, comme le sont souvent les jeunes musulmanes, cette adolescente était vive d’esprit, mais déjà caractérielle pour son âge, et donc difficile à élever pour ses parents. Sa taille était moyenne. Ses yeux étaient noirs et pétillants. Toutefois, elle n’avait aucun point commun avec sa sœur aînée. De surcroît, elle avait toujours eu de très mauvais rapports avec son père. Sa scolarité n’était pas brillante, dans la mesure où elle n’aimait pas étudier.

Après cette présentation, plutôt courte, de ses deux petites sœurs, l’officier Schmidt demanda à Vanessa la raison pour laquelle elle avait décidé de tirer sur son père pendant son sommeil. Avant de lui répondre avec la précision qui s’imposait, Vanessa voulut lui parler de son père. Elle déclara qu’il se prénommait Ahmed et qu’il était d’origine marocaine.

Il avait été naturalisé Français, ce dont il était fier. Son intégration en France avait été une belle réussite. C’était, selon son opinion, un homme bourru et peu bavard. Mais il possédait un léger accent de son pays d’origine. Il était musulman. Peu avant ce drame, il était devenu l’imam de son quartier. À ce titre, il était apprécié et respecté par tous les musulmans de sa mosquée. Il venait d’un vieux village de montagne situé dans le sud du Maroc. Au moment des faits, il était âgé de cinquante ans. Il était de taille moyenne, solide et trapu. En apparence, il semblait plutôt paisible. Dans sa démarche, il était un peu voûté.

Vanessa précisa qu’elle vivait actuellement avec ses parents dans leur appartement parisien depuis environ un an. Auparavant, elle avait vécu avec toute sa famille dans le Sud de la France, alors que ses parents tenaient un magasin de confection en plein cœur du vieux Nice, dans le département des Alpes Maritimes. Elle expliqua aussi que, pendant son enfance et son adolescence, elle avait eu le bonheur d’avoir vécu à proximité du très beau petit village de Vence, au lieu-dit « La Mésange Apprivoisée ». C’était, en même temps, le nom de sa petite commune de moins de cinq cents habitants, et aussi celui de leur belle propriété, qu’elle avait baptisée sous ce charmant nom, en raison de l’amour qu’elle avait toujours porté aux mésanges, qu’elle aimait apprivoisées. Elle précisa que c’était principalement sa mère qui s’était occupée de la gestion et de la comptabilité de ce magasin niçois, pendant que son père s’occupait de la clientèle et de la partie commerciale. Mais Vanessa ajouta qu’ils avaient été contraints assez récemment de fermer le magasin, les affaires ayant périclité. Avec une certaine gravité, Vanessa déclara que, selon son point de vue, son père avait été victime d’une forme de racisme déguisé et hypocrite de la part de ses concurrents. La situation s’étant aggravée, comme par l’effet du hasard, lorsqu’il a été désigné comme imam au sein de sa mosquée. Tous ses clients s’étaient alors détournés subitement de son magasin. Très rapidement, son père avait dû déposer son bilan au greffe du tribunal de Commerce de Nice, puisqu’il était en état de cessation de paiement à l’égard de ses fournisseurs et de sa banque. À compter de ce jour-là, il n’avait plus été le même. Il fut atteint par ce qu’on appelle de manière un peu pompeuse de nos jours un burnout, ce qui, dans son cas, correspondait à une très grave dépression nerveuse. Cette dramatique faillite atteignit son honneur, son orgueil et son équilibre. Sa descente aux enfers commença à ce moment-là. Ce fut la cause de son malheur et de celui de sa famille. La mère de Vanessa, en raison de la gravité de la situation financière du couple, dut quitter rapidement la région de Nice pour se rendre de manière régulière, pendant la semaine, à Paris. Toutefois, Vanessa ignorait ce qu’elle allait y faire précisément, ayant supposé qu’elle y travaillait.

à suivre...